
Le fermage perçu par un bailleur de terres agricoles suit le régime des revenus fonciers, mais son traitement déclaratif présente des particularités que la déclaration préremplie ne couvre pas. La plupart des revenus de fermage ne remontent pas automatiquement via les tiers déclarants, ce qui impose au bailleur de saisir lui-même les montants sur les bons formulaires.
Fermage en nature et valorisation fiscale : la ligne que les formulaires n’expliquent pas
Quand le bail stipule un paiement partiel ou total en nature (quintaux de blé, litres de lait), le bailleur doit convertir ces denrées en valeur monétaire. La règle posée par le BOFiP est claire : le revenu déclaré correspond à la valeur réelle des produits livrés, pas à un forfait ni à l’indice des fermages.
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En pratique, nous recommandons de retenir le cours moyen constaté à la date de livraison, en s’appuyant sur les mercuriales départementales ou les cotations officielles. Conserver la preuve du cours retenu (capture d’écran, relevé de la chambre d’agriculture) protège en cas de contrôle.
Cette valorisation s’ajoute à la part monétaire éventuelle du fermage. Le total constitue le revenu brut foncier à reporter sur la déclaration 2044 ou, si les conditions sont remplies, à intégrer directement dans le cadre micro-foncier de la 2042. Pour bien déclarer le fermage agricole aux impôts, il faut donc reconstituer soi-même la base imposable chaque année, sans attendre un montant prérempli.
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Déclaration du fermage via SCI ou GFA : le circuit 2072 avant la 2044
Une part significative du foncier agricole français est détenue par des structures translucides, principalement des GFA (groupements fonciers agricoles) ou des SCI familiales. Le parcours déclaratif diffère alors sensiblement de celui du propriétaire en direct.

La société dépose d’abord un formulaire 2072, qui récapitule l’ensemble des revenus fonciers perçus par la structure (fermages, éventuels compléments de loyer, remboursement de taxe foncière par le preneur). Ce formulaire ventile ensuite le résultat net entre chaque associé, au prorata de ses parts.
Chaque associé reporte alors sa quote-part sur sa propre déclaration 2044, puis sur la 2042. L’erreur fréquente consiste à omettre l’une des deux étapes ou à déclarer le montant brut perçu par la société sans appliquer la répartition. La DGFiP dispose du formulaire 2072 déposé par la structure : toute incohérence avec la déclaration personnelle de l’associé déclenche une relance.
Charges déductibles au niveau de la société
En régime réel, les charges supportées par le GFA ou la SCI sont déduites avant répartition. On retrouve notamment :
- Les primes d’assurance couvrant les biens donnés à bail (propriétaire non occupant)
- Les frais de gestion administrative, y compris les honoraires du comptable chargé d’établir la 2072
- Les travaux d’entretien et de réparation à la charge du bailleur (drainage, remise en état de bâtiments d’exploitation)
- La taxe foncière, pour la fraction non récupérée auprès du preneur
Le résultat net réparti peut donc être nettement inférieur au fermage brut encaissé, ce qui réduit l’imposition finale de chaque associé.
Bail rural à long terme et avantages fiscaux pour le bailleur non exploitant
Le choix de la durée du bail a des conséquences fiscales qui dépassent le seul impôt sur le revenu. Un bail rural à long terme d’au moins 18 ans ouvre des avantages spécifiques en matière d’IFI et de transmission, souvent ignorés dans les guides centrés sur la déclaration annuelle.
Un propriétaire de terres données à bail à long terme, en particulier via un GFA, peut bénéficier d’une exonération partielle d’IFI sur la valeur des biens loués. Ce mécanisme repose sur le caractère professionnel de l’exploitation et la durée de l’engagement locatif.
En matière de transmission (donation ou succession), les parts de GFA bénéficient aussi d’un abattement sur la valeur taxable, sous conditions de durée de bail et de conservation des parts. Ces dispositifs se cumulent avec le traitement classique du fermage en revenu foncier, mais nécessitent un suivi rigoureux des engagements pris.
Articulation avec le régime micro-foncier
Le régime micro-foncier reste accessible au bailleur en direct dont les revenus fonciers bruts annuels ne dépassent pas 15 000 euros, toutes propriétés confondues. Un abattement forfaitaire couvre alors l’ensemble des charges, sans justificatif. Ce régime se déclare directement sur la 2042, sans formulaire 2044.
En revanche, un associé de SCI ou de GFA qui perçoit ses fermages exclusivement via la société est expressément exclu du micro-foncier. Il doit passer par la déclaration 2044 en régime réel, même si sa quote-part reste modeste. Nous observons que cette exclusion surprend régulièrement les associés minoritaires de GFA familiaux.

Contrôles DGFiP et croisement de données MSA : ce que le fisc vérifie
La DGFiP croise les données issues de plusieurs sources pour repérer les incohérences sur les fermages déclarés. Les baux ruraux enregistrés en préfecture ou au service de publicité foncière constituent une première base. Les déclarations MSA des exploitants preneurs fournissent une seconde couche d’information sur les montants versés.
L’absence de déclaration d’un fermage perçu reste l’anomalie la plus fréquemment relevée. Le bailleur qui omet de déclarer ses revenus fonciers alors qu’un bail enregistré existe à son nom s’expose à un rappel assorti de pénalités de retard.
La cohérence entre le montant déclaré par le bailleur et celui déduit par le preneur dans ses charges d’exploitation fait aussi l’objet de recoupements. En cas d’écart, la DGFiP peut demander la production du bail, des quittances de fermage et, pour les paiements en nature, la justification du cours retenu pour la valorisation.
Le risque de redressement se concentre sur trois points : fermage non déclaré, valorisation fantaisiste de denrées en nature, et déduction de charges non justifiées en régime réel. Archiver systématiquement le bail, les quittances annuelles et les justificatifs de charges reste la meilleure protection face à un contrôle sur pièces.